Exaspérations, manque de reconnaissance, absence de formation, insuffisance de moyens... Il y a malaise dans les fonctions publiques et urgence à agir. Pendant trois jours, toute la CFDT est partie à la rencontre des fonctionnaires pour les écouter.
Au congrès de Tours en 2009, les syndicats des fonctions publiques ont été nombreux à décrire le malaise vécu par les fonctionnaires. En réponse, François Chérèque s'est engagé à ouvrir un chantier en direction de ces catégories de salariés. C'est ainsi que l'initiative " Un, deux, trois, Public " a été lancée sur toute la France.
Un chaos organisé
Toutes les fonctions publiques sont aujourd’hui touchées par des bouleversements qui se succèdent à un rythme effréné. La fameuse RGPP (Révision générale des politiques publiques), tant décriée, ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt : citons aussi, par exemple, la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoires), les différentes mesures qui touchent l’éducation (réforme des lycées, de l’enseignement technique, projet Collèges Lycées Ambition Innovation
Toutes ces réorganisations se sont accompagnées de nouvelles méthodes managériales héritées du privé, où la culture du résultat (financier), du « chiffre », est prépondérante. Dans certains cas, les services sont aujourd’hui davantage orientés vers les entreprises que vers les citoyens. Ces réorganisations sont mal comprises et mal vécues par les personnels pour qui être au service du citoyen ne se récompense pas par des primes. L’arrivée de contractuels et la remise en question, à terme, du statut des fonctionnaires génèrent, surtout chez les plus âgés, de grandes interrogations quant au sens du travail. Chacun s’inquiète de son devenir, tous sont déboussolés ; on a pu le constater, par exemple, chez les ouvriers de l’État ou les aidessoignants du Val-de-Grâce, où l’externalisation est en train de devenir la règle. Les réductions d’effectifs empêchent les salariés d’assurer correctement leur mission. Dans une administration comme les douanes, cette logique de suppression se voit tout de suite : «
Le sens du métier est mis à mal et les personnels des crèches parisiennes témoignent : « On veut bien être des superwomen bouche-trous, nous acceptons la polyvalence mais pas la déqualification.»
Le programme :
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Le 01 février : François Chérèque, Françoise Lareur et Isabelle Bouquet ont rencontré les salariés de la Douane (Syndicat des finances Est francilien) et de la Police aux Frontières (Interco 77), à Roissy. Ce même jour, ont eu lieu des rencontres avec les enseignants du lycée de Corbeil (SGEN-CFDT) et avec les personnels de l'hôpital militaire du Val-de-Grâce (Syndicat de la Défense Ile-de-France).
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Le 02 février : Laurent Berger, secrétaire national, Philippe Lengrand et Marinette Soler dialoguaient avec les militants du ministère de l'Ecologie et de l'Equipement, puis avec les territoriaux du syndicat INTERCO 92 et les salariés du ministère de la Défense.
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Le 03 février : Laurence Laigo, secrétaire nationale, Françoise Lareur et Dominique Fabre sont allées à la rencontre des salariés de l'hôpital d'Eaubonne (santé-sociaux 95), puis de ceux du ministère des finances (Syndicat des Affaires économiques et financières) ; parallèlement, une autre initiative avait lieu en direction du personnel des crèches parisiennes (Syndicat des services publics parisiens) où Lahouari Boubekeur représentait l'Union régionale.
Ces bouleversements sont anxiogènes et l’on peut parler de véritable souffrance au travail. Le devenir est incertain : « il n’y a pas de lisibilité à six mois et chacun se demande où sera sa nouvelle affectation : en banlieue proche ? En banlieue lointaine, ou en province ? Et encore, s’il n’y a pas de suppressions d’emplois, car, sinon, ce sera Pôle Emploi ! », affirmait une adhérente du ministère de la défense.
Ces inquiétudes génèrent des stress insurmontables, et les salariés du ministère de l’équipement ne peuvent s’empêcher de faire la relation avec les 19 suicides que vient de connaître cette administration.
Ou les 4 autres, en 2 ans, au service de navigation de la Seine…
Quant aux salariés de l’ex DASS92, ils déplorent le manque de moyens : « on a supprimé le chauffage dans les bureaux pendant une semaine, en pleine période de froid et notre matériel de bureautique ne fonctionne plus faute de crédits ».
Des coûts et des coups
Ces réformes ont un objectif avoué : la réduction des coûts, et notamment les salaires, alors même que le contraire avait été annoncé. À l’hôpital, une salariée s’explique : « j’étais agent de service, j’ai obtenu mon diplôme d’aide soignante il y a deux ans en le finançant moi-même. Alors que j’exerce les fonctions, mon concours n’est toujours pas pris en compte et le salaire n’a pas bougé… ».
Cela entraîne des difficultés pour se loger, pour payer ses transports, se soigner… Car dans les fonctions publiques, les augmentations de salaires sont faibles et pour les catégories C (employés) les salaires sont à peine plus élevés que le Smic.
D’une manière générale, les services de ressources humaines sont eux-mêmes débordés : absence de service de proximité, entretiens et notations non réalisés depuis parfois plusieurs années, avancements gérés à la petite semaine… Nous ne citerons pas le cas où « il faut prendre rendez-vous pour leur téléphoner » ! La formation professionnelle en pâtit également : comment envoyer son personnel en formation si l’on n’a pas les effectifs nécessaires ?
Être fonctionnaire aujourd’hui
Alors, bien évidemment, les fonctionnaires s’interrogent. Comment être au service du citoyen, leur fonction première, à ce jour ? La RGPP a renforcé le pouvoir des préfets, lesquels sont, par définition, les relais du gouvernement en place. Et beaucoup de fonctionnaires ont cette désagréable impression d’être maintenant asservis à l’idéologie dominante. Tous, qu’ils soient territoriaux ou employés des ministères sont unanimes : « en adaptant le projet à ce que veut le préfet ou l’élu, on ne fait plus jouer notre savoir technique. On sert la politique », comme le disait un adhérent du ministère de l’écologie et de l’équipement. Et cette inféodation est lourde de conséquences : « il n’y a pas de prises
de risques de la part de l’encadrement, figé dès lors que des élections se profilent » surenchérit un militant du même ministère. Pris dans un étau, entre une opinion publique, des médias et un Président de la République et son gouvernement qui ne cessent de leur tirer dessus à boulets rouges, les fonctionnaires ont le spleen, certains sont à cran, et ne supportent plus l’image de nantis qu’on leur impute, image liée à la sécurité de l’emploi.
À Corbeil, un militant du SGEN-CFDT affirmait : « les suppressions de postes n’ont pas entraîné d’économies, mais une chasse aux fonctionnaires. Pourquoi le pays accepte-t-il cette dégradation ? ». Ce à quoi, un autre professeur ajoutait « ces changements transforment ce qui est bien en mal. Toutes les évolutions et innovations demandent, au contraire, des moyens supplémentaires ».
Notre démocratie
Pour François Chérèque : « il faut faire passer dans l’opinion que le statut de fonctionnaire n’est pas un acquis mais une protection nécessaire dans toute démocratie ». Et un militant du SPACEF faisait très justement remarquer : « le statut du fonctionnaire est le garant des fondamentaux de notre pays, il y va de la protection de l’intérêt public ».
Parmi ces fondamentaux, il y a la qualité de service que tout citoyen est en droit d’attendre. Or, les réductions de moyens nuisibles à cette qualité se constatent partout, et de manière accrue, que l’on soit patient, parent d’élève, écolier, étudiant ou usager. Certes, le monde évolue : par exemple, la disparition des frontières, a changé les missions du douanier, mais celui-ci demeure encore le protecteur de la santé publique ou de nos emplois quand il pourchasse les contrefaçons de médicaments ou d’articles de luxe.
Et Françoise Lareur de conclure lors du dernier rassemblement : « les secrétaires régionaux et moi-même avons été présents sur la totalité des sites. Nous avons constaté un immense désarroi, une souffrance et un désordre sans précédent.
La CFDT doit être en mesure d’apporter les réponses syndicales qui s’imposent et nous y travaillons, à tous les niveaux de l’organisation. C’était l’objectif de cette initiative.
Les suites :
Les grandes étapes de la campagne 1.2.3. Public !
A la suite de cette étape de rencontres, un travail de synthèse sera fait afin de constituer un état des lieux de ce que vivent les agents au quotidien, de leurs aspirations et revendications.
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Un rassemblement militant
500 militants des fonctions publiques se réuniront à Paris le mardi 5 avril Pour restituer ces journées, faire témoigner des équipes, mettre en exergue les revendications de la CFDT et débattre autour des enjeux des fonctions publiques.
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Des revendications
Dans un troisième temps, au début de l'été 2011, des pistes revendicatives et des outils communs seront conçus à partir de l'ensemble des éléments glanés au cours de ces rencontres.
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